Vendredi matin, en voyant ce cygne sur la Lys fouiller la vase et « faire des ronds dans l’eau » à chaque fois qu’il en sortait la tête, en troublant le reflet des nuages, j’ai pensé à ce poème de Jules Renard (extrait des Histoires Naturelles) :

LE CYGNE

Il glisse sur le bassin, comme un traîneau blanc, de nuage en nuage. Car il n’a faim que des nuages floconneux qu’il voit naître, bouger, et se perdre dans l’eau.
C’est l’un d’eux qu’il désire. Il le vise du bec, et il plonge tout à coup son col vêtu de neige.
Puis, tel un bras de femme sort d’une manche, il retire.
Il n’a rien.
Il regarde : les nuages effarouchés ont disparu.
Il ne reste qu’un instant désabusé, car les nuages tardent peu à revenir, et, là-bas, où meurent les ondulations de l’eau, en voici un qui se reforme.
Doucement, sur son léger coussin de plumes, le cygne rame et s’approche…
Il s’épuise à pêcher de vains reflets, et peut-être qu’il mourra, victime de cette illusion, avant d’attraper un seul morceau de nuage.
Mais qu’est-ce que je dis ?
Chaque fois qu’il plonge, il fouille du bec la vase nourrissante et ramène un ver.
Il engraisse comme une oie.

Et bien sûr à sa version musicale (Maurice Ravel, mélodie pour baryton et piano). J’en ai trouvé une belle version sur Youtube et vous la partage…

 Voir les autres photos du vendredi 30 décembre (bords de Lys entre Warneton et Comines).