Quel privilège de ne pouvoir saisir que ce qui est beau ! De pouvoir faire abstraction d’un environnement médiocre pour saisir l’essentiel…


C’est le privilège du photographe (et du peintre) : avoir dans l’oeil une espèce de « filtre », calibré en format 24×36 et de sens artistique qui permet de trouver le détail, l’angle de vue, l’angle par rapport à la lumière, qui fera la « belle image ». C’est « l’oeil du photographe »… Du photographe d’art, car le même principe de sélection visuelle appliqué en photographie de reportage peut conduire à la manipulation. Cet été, promenade photographique dans la superbe ville de Grignan… (Drôme Provençale) un jour de marché artisanal : beaucoup de monde, mais concentré dans les quelques rues du marché. Autour, le grand calme, des ruelles désertes… Déjà un obstacle de moins pour le photographe : ne pas devoir trop attendre que le touriste en short et sa compagne aient quitté le premier ou l’arrière-plan de « votre » photo (je suis patient et le premier à penser que les touristes ont bien le droit de se régaler les yeux eux aussi). Mais des obstacles il en reste… : ce superbe panorama des toits de la ville, à partir du chemin de ronde qui la surplombe et entoure l’enceinte du château… les tuiles rondes, les toits plats, les cheminées… l’oeil analyse… mince, une, deux, trois paraboles de télévision (les habitants ont bien le droit de regarder la télé !). On fait quand même la photo, mais ce ne sera pas LA photo qu’on souhaiterait. Et puis au long des ruelles, l’enchantement : les maisons anciennes, les pierres, les couleurs, une fontaine, la lumière dorée de fin d’après-midi… à chaque pas un sujet pour le photographe.

Je ne transformerai pas ce billet en album photo, mais je vous présente deux clichés, illustrant ce concept d’oeil du photographe.

Une fontaine-lavoir monumentale…

Fontaine Vue générale
La colonnade est jolie, mais la photo ne l’est pas : il y a un problème de parallaxe, qui fait pencher les colonnes (problème fréquent en photo d’architecture), et puis si l’on regarde attentivement, à l’arrière plan on remarque un boitier électrique, le menu du restaurant voisin, l’amorce d’un panneau de stationnement interdit, l’angle d’un toit disgracieux… il suffit d’avancer de quelques pas, et miracle …

Fontaine - détail
On perd en précision documentaire (la forme générale de la fontaine), mais on gagne tellement en jeux de formes et de lumières, en force expressive de l’image.

Le marché artisanal :

un joli marché, il aurait mérité de nombreuses photos, que je n’ai pas faites faute de temps et vu la foule, sauf celle-ci où les couleurs m’ont « sauté aux yeux »…

Etal du potier
Quand je regarde cette photo, l’amorce des tasses rouges à l’extrême droite me fait regretter d’être passé un peu vite : la palette de couleurs aurait pu être plus intéressante encore… et puis en bas à droite un morceau de je ne sais quoi (chaise ?)… il faudrait sans doute rogner un peu à droite pour supprimer ces détails et mes regrets. C’est à  le travail au laboratoire, ou plus exactement (vive la photo numérique !) sur ordinateur…

Potier - retouchée

Paru initialement le 28 août 2004 sur Culture(s) (mon premier blog, maintenant fermé)